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“Mauvaises” herbes ? Pas pour la biodiversité !

Crédits : Marine Forneron/iStock

Les mauvaises herbes, herbes folles ou encore adventices ne bénéficient pas d’une bonne réputation auprès du jardinier qui cherche constamment à limiter leur prolifération sur son terrain. Pourtant, elles favorisent la biodiversité en permettant aux insectes et aux oiseaux de se nourrir. Alors, si nous changions enfin notre regard sur les herbes sauvages du jardin ?

Les herbes folles, championnes de l’écosystème

Pissenlit, trèfle, coquelicot… Dès leur apparition dans la pelouse, le jardinier n’a de cesse de les pourchasser. L’argument principal de leur éradication est d’ordre esthétique. Cependant, toutes les variétés de plantes et d’animaux font partie d’un écosystème interdépendant. Cela signifie que toutes les plantes ont un rôle à jouer.

Les fleurs de ces plantes sauvages ont ainsi un rôle primordial dans la nature : elles nourrissent les insectes pollinisateurs indispensables pour la pollinisation. Ils assurent en effet la reproduction des plantes qui subissent une forte décadence du fait du “déclin actuel des pollinisateurs (40 % des espèces documentées sont menacées d’extinction et 70 % des insectes volants ont disparu ces 30 dernières années)” ainsi que l’explique Pollinis.

papillon marguerite
Crédits : Marcel Storp/iStock

Comme le souligne un rapport du commissariat général du développement durable : “au niveau européen, 80 % des plantes à fleurs sont pollinisées […] par des insectes. Pour les espèces cultivées, ce sont 84 % d’entre elles qui dépendent directement des insectes pollinisateurs.”

Les mauvaises herbes n’existent pas

Le nom de “mauvaise herbe” provient des lointains usages médicinaux. Les herbes sauvages  utilisées pour se soigner étaient alors appelées “herbes au mal”, qui s’est transformé en “malesherbes”, puis “mauvaises herbes”. La famille des herbes sauvages regroupe toutes les plantes locales ou introduites dont le niveau de développement est devenu hors du contrôle humain. Les adventices sont mal considérées à tort, car elles offrent des qualités insoupçonnées. D’ailleurs, saviez-vous que certaines d’entre elles sont comestibles ?

Parmi les plus connues, l’ortie marque un sol riche en azote. C’est une plante hôte d’une cinquantaine d’insectes, dont le papillon vulcain. De plus, il est possible de concocter un excellent antiparasite et un engrais naturel grâce à l’ortie ! Le pissenlit nourrit quant à lui les abeilles, les bourdons, les syrphes, les papillons et beaucoup d’autres insectes. Victime de l’arrachage compulsif, c’est pourtant l’une des premières à fleurir au printemps et la dernière en automne, assurant le garde-manger à plusieurs centaines d’insectes.

purin d'orties
Crédits : robertprzybysz / iStock

Changer de regard sur les herbes folles

Comme l’indique la Maison de la nature : “La présence d’herbes sauvages dans un gazon n’est pas un signe de négligence.” Prenons aussi le temps de nous interroger : les herbicides pollueurs du sol et de l’eau sont une source d’une pollution qui peut être évitée. De plus, l’arrachage systématique des herbes folles pour en venir à bout est une douce utopie. Par exemple, “un pied de plantain dissémine 40 000 graines par an qui peuvent rester en dormance durant 40 années !

Enfin, laisser pousser l’herbe permet de faire revenir les essences sauvages sur votre terrain et de privilégier la diversité des plantes. Les graminées, marguerites, trèfles, pissenlits, coquelicots et autres orchidées sauvages sont autant de variétés qui peuvent s’y plaire et qui jouent un rôle dans l’équilibre de la biodiversité.

Nourrir la faune auxiliaire

En fournissant des fleurs et des graines tout au long de l’année, les herbes sauvages attirent et nourrissent de nombreuses espèces d’oiseaux et d’insectes. Rien de tel que les mauvaises herbes pour attirer au jardin les papillons, les coccinelles, les syrphes, les chrysopes, les abeilles ou les mésanges qui sont des auxiliaires bien utiles au jardinier. La pâquerette fournit par exemple une source de nectar et de pollen pour les insectes pollinisateurs. Elle fleurit toute l’année et tire son nom de sa floraison active à Pâques. Le chardon est également une plante nourricière grâce à ses nombreuses graines.

Laissez donc des bandes d’herbes dans les endroits qui peuvent être ensauvagés : le long des haies, murets, chemins… Ce sont autant de réserves écologiques qui sont nécessaires au cycle de vie des espèces.

mésange bleue
Crédits : emilio100/iStock

Améliorer le sol

La qualité du sol est le fondement d’une plante en bonne santé. Certaines plantes spontanées sont là pour aider le jardinier à améliorer le sol. Le trèfle est par exemple un excellent engrais qui améliore continuellement la qualité du sol. Il capte l’azote de l’air et les reliquats du sol pour les stocker. Il améliore en outre la structure du sol. L’oseille commune est quant à elle un drainant naturel. Ne la laissez cependant pas grainer, car elle peut rapidement devenir envahissante.

trèfle des prés plante
Crédits : iStock / KariHoglund

Solutions pour faciliter la cohabitation avec les espaces cultivés

Le paillage des massifs floraux, la hauteur de coupe de la pelouse (8 cm) ainsi que les plantes couvre-sol font partie des techniques non polluantes pour limiter la prolifération intempestive des herbes sauvages. Avec quelques astuces, les aménagements paysagers et les herbes folles peuvent coexister, évitant ainsi d’envahir les espaces cultivés.