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Graines paysannes en vente aux particuliers : pourquoi c’est important ?

Crédits : dragana991/iStock

Depuis 2020, les graines paysannes sont autorisées à la vente aux particuliers. Vous pouvez donc légalement acheter des semences potagères paysannes pour vos cultures. Exit les variétés hybrides de type F1 dans le potager et place aux graines libres de circulation et de reproductivité !

Levée d’une interdiction en vigueur depuis les années 1930

Depuis 1932, le Catalogue officiel des espèces et variétés végétales enregistre toutes les variétés de semences qui sont autorisées à la vente. Ces graines doivent répondre à certains critères qualitatifs et sont conçues pour l’agriculture conventionnelle et productive. Ces semences obtiennent de bons résultats sur les critères de la stabilité, de l’homogénéité, de la performance, de  la résistance, etc. Comme l’explique cet article de Radio France, cela implique que :

La grande majorité des fruits et légumes consommés proviennent de semences dites “hybrides F1”. Ces graines ont subi une sélection génétique, afin de ne conserver que les semences aptes à une production à grande échelle. C’est pourquoi tous nos fruits et légumes tendent vers un conformisme, sont lisses et conformes aux attentes visuelles des consommateurs. Ils sont aussi réputés plus robustes pour le transport ou plus résistants aux maladies.

La grande majorité des semences cultivées sont créées par des multinationales qui déposent des brevets. Les entreprises grainetières sont donc propriétaires des graines. L’article de référence informe des conséquences du monopole des semences et de l’uniformité des hybrides :

Résultat, [on obtient, NDLR] des plantes avec un rendement censément supérieur, mais qui baisse rapidement si leur semence est replanté. Ainsi la seconde génération de plantes hybrides voit son rendement diminuer d’environ 20 %, ce qui contraint les agriculteurs à racheter des semences d’hybrides F1 aux multinationales propriétaires telles Monsanto, Syngenta ou encore Dupont-Pioneer. Un système qui a complètement bouleversé des millénaires d’agriculture paysanne. »

graines légumes
Crédits : FotoDuets/iStock

Les graines hybrides, une atteinte grave à la biodiversité

Certes, ce système de production permet de répondre à la demande de la consommation de masse. Cependant, l’industrialisation de l’agriculture a un revers : celui de la raréfaction des semences considérées comme non réglementaires. Ainsi, des variétés de fruits et légumes disparaissent petit à petit, ce qui nuit très gravement à la biodiversité et à une alimentation riche et variée.

En première ligne, il y a d’abord les insectes. Il s’agit de la première biomasse à pâtir de la disparition d’espèces végétales. Prenons l’exemple des insectes spécialisés. Leur survie ne dépend que d’une variété de plante, une hôte sur laquelle ils se nourrissent et établissent leur habitat. Par conséquent, ils ne peuvent subsister qu’à la condition de la présence de leur plante hôte. À cet égard, l’agriculture intensive est une menace pour l’équilibre du vivant.

Du côté des variétés potagères, certains légumes disparaissent complètement des régions et des étals, au profit des semences plus rentables. Ananda Guillet, le directeur de l’association Kokopelli œuvre pour la libre circulation et le libre échange des semences énonce un exemple frappant :

« Un exemple assez flagrant, c’est la carotte de Guérande. C’est vraiment une carotte qui est endémique et qu’on avait perdue. On l’a ramenée des Etats-Unis où elle était encore préservée. »

carotte bio
Crédits : moisseyev/iStock

Les produits biologiques sont hybrides à 95 %

Le directeur de Kokopelli abonde sur le fait que contrairement à une idée répandue, les produits biologiques sont eux aussi le résultat de plants hybrides. Les magasins biologiques n’en sont malheureusement pas exempts. Selon lui, près de la totalité des fruits et légumes bio est issue de semences hybrides F1 des multinationales grainetières.

« En France, en bio, 95 % des fruits et légumes que l’on consomme sont des hybrides F1. Prenons le cas des melons, par exemple : les melons, 50 % des semences de melons sont produites par Monsanto. […] Les gens n’ont pas du tout envie d’entendre que ce qu’ils mangent dans leur magasin bio, c’est à 95 % issu de la grande distribution et des mêmes multinationales contre lesquelles on croit lutter en mangeant bio. Je ne dis pas qu’il ne faut pas manger bio. Je dis qu’il faut changer totalement les méthodes de production. »

La vente des graines paysannes aux professionnels est-elle autorisée ?

Depuis le 11 juin 2020, la vente de graines paysannes, c’est-à-dire des semences prélevées directement dans la récolte d’un agriculteur, est autorisée, mais uniquement pour les particuliers. Cette autorisation intervient après des années de combat judiciaire avec des groupes de grainetiers multinationaux qui monopolisaient les semences grâce à une réglementation qui leur était favorable. En effet, depuis 1932, toute graine vendue devait au préalable être inscrite au Catalogue officiel, sans quoi la vente était interdite. Il s’agit donc d’une belle avancée pour la libre circulation et le libre partage des semences. Découvrez où acheter des graines paysannes.

Pour les particuliers, la loi promulguée vient donc apporter un peu d’oxygène à un système de production agricole verrouillé. Elle apporte également une dimension légale à des pratiques millénaires. Enfin, si les agriculteurs, maraîchers et paysans peuvent vendre leurs semences aux particuliers, il leur est toutefois toujours interdit de les vendre à des producteurs professionnels.