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Insectes pollinisateurs en déclin : comment inverser la tendance ?

Crédits : SusanneSchulz/iStock

Maillon essentiel de l’équilibre alimentaire, les insectes souffrent d’un déclin constant qui doit être enrayé de toute urgence. Il en va de la continuité de la chaîne de la biodiversité et de la survie d’écosystèmes entiers. Au niveau humain, la disparition de ces invertébrés affecte en premier lieu l’alimentation. Heureusement, il est possible d’agir à votre niveau.

Les insectes pollinisateurs, en grand danger

Depuis les trente dernières années, 40 % des espèces d’insectes et sont menacées d’extinction. À l’origine de cet effondrement, des chercheurs australiens dénoncent la perte des habitats par le biais de plusieurs facteurs : l’urbanisation, la déforestation, la conversion agricole, et le recours aux pesticides et engrais de synthèse en parallèle de l’intensification des pratiques agricoles ces soixante dernières années.

Pour les universitaires Francisco Sanchez-Bayo et Kris Wyckhuys, auteurs d’une étude parue dans la revue Biological Conservation, “la conclusion est claire : à moins que nous ne changions nos façons de produire nos aliments, les insectes auront pris le chemin de l’extinction en quelques décennies“. Pas vraiment de quoi se réjouir. Les deux chercheurs nous alertent sur l’urgence de “restaurer les habitats, repenser les pratiques agricoles, avec en particulier un frein sérieux à l’usage de pesticides et leur substitution par des pratiques plus durables”. La production biologique et la permaculture sont des moyens concrets pour sortir de la spirale d’une production dévastatrice.

potager légumes
Crédits : alicjane / iStock

Le rôle vital des insectes pollinisateurs dans la production alimentaire

Qu’ils soient domestiqués ou sauvages, les insectes pollinisateurs ont un rôle crucial dans la production alimentaire. Un nombre important de cultures dépend directement ou indirectement de leur action. La contribution des pollinisateurs a d’ailleurs fait l’objet d’une étude nationale démontrant leur rôle capital dans la production agricole française.

Les résultats de cette étude menée par l’Évaluation française des Écosystèmes et des Services Éco-systémiques (EFESE) démontrent l’ampleur du service rendu par l’action des insectes dans la production alimentaire par le biais de la quantification monétaire. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette valeur a de quoi donner le tournis : entre 2,3 et 5,3 milliards d’euros en 2010 ! Cela représente entre 5,2 % à 12 % de la valeur totale des productions végétales destinées à l’alimentation humaine française qui dépendent des insectes.

bourdon sur arbuste fruitier
Crédits : worklater1/iStock

Ces chiffres permettent de constater les enjeux vitaux qui découlent du déclin des insectes. De fait, la vulnérabilité de la production végétale face au déclin rapide des populations de pollinisateurs est mise en exergue. Par ailleurs, selon des espèces cultivées, il existe une inégalité géographique de leur déclin. Par exemple, les départements du sud de la France sont les plus exposés. Au niveau européen, 84 % des espèces cultivées dépendent directement des insectes pollinisateurs.

Conséquence : l’équilibre des écosystèmes en proie à l’instabilité

Le site spécialisé Pollinis.org pointe également les risques en cascade pour toute la biodiversité, induits par l’extinction des insectes : “certaines plantes à fleurs dépendent d’une seule espèce d’insecte pour leur pollinisation. Si cet insecte « spécialiste » venait à disparaître, la plante ne pourrait pas lui survivre. C’est le cas par exemple du figuier et de sa pollinisatrice attitrée, la guêpe du figuier, seul insecte capable de féconder ses fleurs qui éclosent à l’intérieur d’un réceptacle refermé sur lui-même.”

Le déclin des insectes pollinisateurs se caractérise par une atteinte à leur abondance, leur diversité et leur santé. Pour pallier ces détériorations, un plan national a été développé en France pour favoriser la préservation des abeilles et des pollinisateurs sauvages.

Comment favoriser la bonne santé des insectes pollinisateurs ?

Pour favoriser la présence des insectes, il faut leur offrir le gîte et le couvert ! Si vous le pouvez, laissez un coin un peu tranquille au fond du jardin par exemple. Cette partie sauvage, peu végétalisée ou donnant un peu l’impression d’être à l’abandon, constituera un havre de tranquillité pour les insectes.

Autre solution très en vogue actuellement : installer un hôtel à insectes pour les espèces préférant les cavités. Vous pouvez en plus tout à fait le fabriquer vous-même avec des éléments de récupération : bois, bambou, paille, etc.

hôtel à insectes
Crédits : dies-irae/iStock

Dans la nature, la spécialisation des insectes est très importante, ce qui implique qu’ils n’ont pas tous les mêmes besoins. Certaines espèces d’insectes pondent leurs œufs et nichent sur une seule variété de plante. Cette spécificité est un talon d’Achille pour la survie des insectes, car ils ont peu de capacité d’adaptation au changement. De quoi prendre conscience de l’importance de laisser des zones d’herbe non tondue.

À la cantine des insectes, c’est la même logique : il en faut pour tous les goûts ! Plantez des espèces mellifères locales, sources de pollen et de nectar. Il existe de nombreux mixes de graines en magasins de jardinage. Plus il y aura de variétés différentes, plus les insectes auront l’embarras du choix pour le butinage.

Dans cette démarche favorisant la biodiversité, les insecticides sont évidemment à proscrire.

papillon sur fleur trèfle
Crédits : Angelina Cecchetto/iStock

Envie de contribuer à la connaissance des insectes pollinisateurs ?

Participez au Suivi Photographique des Insectes Pollinisateurs (Spipoll). C’est un projet de sciences participatives qui a pour but de récolter des données en provenance des photos envoyées par les participants. Il vous suffit de vous munir de votre appareil photo, de mitrailler les insectes et d’envoyer vos clichés au Spipoll. Facile et utile !

photographe insecte sur fleur
Crédits : igoriss/iStock